Journée d’étude du 26/09/2015. Quand l’île de Rié soutenait la gloire de Louis XIII

Journée d’étude organisée par Patrick Avrillas, avec l’appui de l’association Histoire, Culture et Patrimoine du Pays de Rié (samedi 26 septembre 2015)

Compte rendu par Guillaume Porchet et Thierry Heckmann

L’île de Rié, entourée d’eau de mer et d’eau douce, composait une châtellenie, dite baronnie, dont le chef-lieu était Notre-Dame-de-Riez, avec château, halle, justice. L’agglomération principale en était Saint-Hilaire-de-Riez, démembré au XVIIe siècle de Croix-de-Vie, port créé derrière un quai. Cet ensemble a été le théâtre, en 1622, d’une rude bataille où Louis XIII écrasa Soubise et ses protestants. Entre vie locale et histoire nationale, le pays de Rié offre une fenêtre d’observation sur le XVIIe siècle.

134 personnes ont répondu à l’invitation de la Société pour entendre les communications dans la salle polyvalente mise à notre disposition par M. le maire de Notre-Dame.

« L’ostensoir de Notre-Dame-de-Riez peut-il être un don de Louis XIII à la paroisse après la bataille de 1622 ? », par Francis Muel, conservateur général du patrimoine, spécialiste de l’orfèvrerie française

Ostensoir de Notre-Dame de Riez (XVIIe s.)

Ostensoir de Notre-Dame de Riez (XVIIe s.)

Classé monument historique en 1908, cet ostensoir, d’après la tradition locale, est un don de Louis XIII fait à la suite de la bataille de Rié. Mais des arguments objectifs semblent s’opposer à cette tradition : celle-ci n’est attestée que depuis 1888 ; l’orfèvre Thomas Quin, qui a réalisé cet ostensoir à Nantes, n’est plus documenté dans cette ville après 1602 et travaillait à Paris en 1611 ; enfin l’œuvre présente des « archaïsmes » stylistiques étonnants pour une commande royale de 1622 (pieds polylobés, décor rayonnant en flammes, émaux translucides).

Toutefois, la seule autre œuvre connue de cet orfèvre, une croix de procession, présente également des archaïsmes et rien n’exclut que l’orfèvre soit revenu à Nantes après 1611. De même, le décor fait de lys, bien que communément utilisé y compris hors de France, en comprend trois sous le médaillon de la crucifixion, disposés deux et un comme dans les armes du roi. Il est à noter que ces lys ne sont pas des éléments repoussés, mais bien rapportés sur le pied, ce qui renforce le coût de fabrication d’un objet par ailleurs unique dans la production des XVIe et XVIIe siècles, avec un chapiteau sommant la tige en balustre simple, et bien plus de deux émaux sur le pied.

La qualité et le très grand prix de l’objet le rendent d’emblée assez singulier pour écarter l’idée d’une prise sur le butin abandonné par Soubise en Rié : son propriétaire l’aurait réclamé. Des éléments subjectifs renversent donc la première analyse et militent pour une commande royale, tandis qu’aucune raison autre que la bataille de 1622 n’en justifie sa présence en Rié.

La Société a eu l’immense privilège, à la fin de cette communication et grâce à l’obligeance de M. le maire de Notre-Dame-de-Riez, de contempler l’ostensoir lui-même, qu’il avait apporté tout exprès et qu’il rapporta ensuite, escorté de deux de ses adjoints, au coffre de la banque qui le conserve.

« Rubens a-t-il peint la bataille de Rié (1622) ? », par Patrick Avrillas, auteur de Louis XIII et la bataille de l’isle de Rié

bataille de Constantin contre Licinius, métaphore présumée de la bataille de Louis XIII contre Soubise

Rubens – La bataille de Constantin contre Licinius, métaphore présumée de la bataille de Louis XIII contre Soubise

À l’automne 1622, au terme de trois années de guerre contre l’opposition de sa propre mère et contre les protestants, Louis XIII fait un retour triomphal, marqué par de somptueuses entrées royales dans cinq villes du Sud-Est. Magnifiés par les concepteurs de ces cérémonies conventionnelles et par les historiographes, les événements marquants des campagnes militaires du roi sont repris quelques années plus tard, sous forme d’allégories, dans un magnifique ouvrage, Les Triomphes de Louis le Juste (c’est-à-dire Louis XIII), de Jean Valdor (1649). Le chalcographe de Louis XIV trouva cependant son inspiration artistique dans l’œuvre de Peter Paul Rubens, comme le démontre cet exposé de façon surprenante.

Arrivé en effet précisément en 1622 pour décorer le palais du Luxembourg, le peintre flamand avait reçu du roi la commande d’un portrait et surtout de douze tableaux illustrant un Cycle de Constantin destiné à être reproduit en tapisserie. Les gravures postérieures de Valdor, qui les décalquent en quelque sorte, prouvent qu’ils ont été pensés en fonction de la vie de Louis XIII, interprétée au gré de prétextes pris dans celle de Constantin.

De fait, des dizaines de lettres de la correspondance de Rubens témoignent qu’il s’était renseigné sur la campagne de 1622, au cours de laquelle la bataille de Rié (15 avril) se distinguait : l’engagement personnel de Louis XIII au combat avait beaucoup impressionné les contemporains, et il ne devait du reste plus être imité dans l’histoire de la monarchie française.

Les incohérences historiques du Cycle Constantin tout comme la facilité avec laquelle Valdor les restitue à la vie de Louis XIII, écartent donc tout hasard dans la lecture qu’en avait proposée Rubens : chacune représentait certes le premier empereur chrétien de l’Antiquité, mais elles renvoyaient bien en fait à l’actualité de Louis XIII, tout aussi impérial et chrétien.

« Les arts et la littérature dans la propagande au temps de Richelieu », par Françoise Hildesheimer, conservateur général du patrimoine

 Avant même d’être principal ministre du roi, en 1624, Richelieu déploie une inlassable activité de plume, écrivant libelles, pamphlets ou pièces de théâtre, ou plutôt en suscitant le plus souvent l’écriture par des esprits les plus distingués, recrutés à son service dans un cabinet de presse. La propagande, au sens politique du terme, prend un considérable essor avec lui. Plus largement, le cardinal s’est servi de l’art pour son dessein d’exaltation personnelle, veillant toutefois à le faire passer par l’exaltation du roi, plus économe et sans faste, mais à la gloire duquel il s’associait toujours.

Présent en 1622 à la bataille de Rié, Richelieu n’avait pas été partisan de l’engagement personnel du roi, son protecteur qu’il ne voulait pas téméraire. Entièrement tendu alors vers la possession exclusive du roi, il avait donc vu lui échapper le succès éclatant de Rié. Sans doute faut-il y voir la principale raison de l’oubli de cette victoire, qui disparaîtra de la Grande Histoire aux siècles suivants, contrairement à la bataille de l’Île de Ré, en 1627, dans laquelle Richelieu s’est illustré et que les historiens ont par la suite confondue avec celle de Rié.

La Libéralité de Titus (J. Stella, v. 1638, extrait) - Louis XIII en empereur romain, Richelieu à sa droite, gratifie son peuple de ses largesses. Tableau peint alors que la pression fiscale est à son comble dans le royaume.

La Libéralité de Titus (J. Stella, v. 1638, extrait) – Louis XIII en empereur romain, (Richelieu à sa droite), gratifie son peuple de ses largesses. Tableau peint alors que la pression fiscale est à son comble dans le royaume.

« Le fisc royal face à l’audace des Marais mutinés (XVIIe-début XVIIIe s.) », par François-Xavier Brochard, Archives de la Vendée

 Sous le règne de Louis XIII, la pression fiscale s’est accentuée en raison de la Guerre de Trente Ans, ce qui provoque des troubles dans le royaume et en particulier sur la côte nord-ouest du Bas-Poitou, entre Saint-Hilaire-de-Riez et Bouin, dès 1630 et jusqu’en 1660. Pendant plus de trois décennies, l’insurrection prend des formes diverses, depuis l’acte isolé jusqu’à la rébellion armée.

Les troupes royales envoyées sur la côte bas-poitevine pour maintenir l’ordre et faire rentrer l’impôt se heurtent aux difficultés du terrain et à une population habituée aux attaques côtières, armée et plus aguerrie qu’ailleurs. Le soutien des grands seigneurs et la proximité de la province bretonne et des Marches communes d’entre Bretagne et Poitou, extrêmement privilégiées fiscalement, ont également déterminé cette résistance à l’impôt par la force.

« Une révélation des Archives nationales d’Italie (Turin) : la gestion de la baronnie de Rié par le conseil parisien de la Maison de Savoie », par Thierry Heckmann, Archives de la Vendée

Signature de Marie de Beaucaire ("Vottre bien bonne amye / Marie de beauquere")

Signature de Marie de Beaucaire (“Vottre bien bonne amye / Marie de beauquere”)

C’est de Turin que proviennent des archives de la baronnie de Rié remontant aux XVIe et XVIIe siècles, récemment mises en ligne sur le site internet des Archives de la Vendée. La surprise de cette localisation s’explique pourtant aisément par la situation de la baronnie dans des mains de plus en plus prestigieuses.

Appartenant aux comtes de Penthièvre depuis le XVe siècle, elle passe à Élisabeth de Bourbon ou Mademoiselle de Vendôme, petite-fille d’Henri IV, en 1643, puis à sa fille Marie-Jeanne-Baptiste ou Mademoiselle de Nemours, en 1664,dite Madame Royale (de Savoie) par son mariage l’année suivante au duc de Savoie, prince de Piémont et roi de Chypre.

Leur fils, Victor-Amédée, duc de Savoie devenu aussi roi de Sicile en 1713, résolument tourné vers l’Italie, liquida le patrimoine français de sa mère : la baronnie de Rié passa ainsi au marquis d’Urfé en 1716, mais quelques dossiers demeurèrent à Turin.

Ils éclairent un peu la gestion directe de cette baronnie par Marie de Beaucaire, princesse de Martigues, qui fait lever des listes de tenanciers en 1580 et intervient elle-même en 1595 pour qu’ils restituent des marchandises réchappées d’un naufrage.

On la sait créatrice du port de Croix-de-Vie, à l’abri d’un quai qu’elle fit construire. En ruine au bout de quelques décennies, il fallut quasiment le reconstruire en 1667 puis à partir de 1683, comme l’attestent les dossiers témoins de cette coûteuse et délicate opération. Il semble pourtant manifeste que la gestion de la baronnie, confiée par la princesse devenue italienne à un conseil parisien, fut si négligée qu’elle avait perdu beaucoup de sa valeur en 1715.

L’après-midi, les participants à la journée d’études ont visité trois sites sous la conduite de Patrick Avrillas, Jacques Baud et Michelle Couradette-Boulègue.

Le premier quai du port de Croix-de-Vie, construit par Marie de Beaucaire pour créer le port. C’est là que périrent la plupart des 4000 protestants de l’armée de Soubise, vaincus dans l’île de Rié en 1622 et massacrés.

L’embouchure de la Besse, fleuve disparu que remplace de nos jours l’avenue Valentin, entre Saint-Jean-de-Monts et Saint-Hilaire-de-Riez : « large comme la Seine devant le Louvre », Louis XIII choisit de la franchir à marée basse pour pénétrer en Rié, là où on ne l’attendait pas sur cette île réputée inexpugnable mais dont la faille n’était que passagère, la remontée de la marée interdisant toute fuite au roi désormais condamné à la victoire.

Les Mathes, à Saint-Hilaire-de-Riez, un lieu qui porte le souvenir des combats de 1622 et de 1815, et où se trouve d’ailleurs le cénotaphe de Louis de La Rochejacquelein (frère du fameux généralissime de 1793), enseveli à l’endroit où il tomba durant les Cent Jours. En 1828, la duchesse de Berry y fit un pèlerinage triomphal, soucieuse du souvenir de ces deux combats et de la mémoire de La Rochejaquelein à qui la monarchie devait sa première restauration en 1814 : alors que s’effondrait l’Empire, il avait convaincu la ville de Bordeaux à rallier les Bourbons, donnant ainsi un exemple décisif au reste de la nation. Aussi avait-on donné ensuite le titre de duc de Bordeaux à l’héritier du trône, ce fils de la duchesse de Berry né en 1820. C’est sur le site des Mathes, somptueusement aménagé depuis juin dernier pour accueillir et instruire le visiteur, que le maire de Saint-Hilaire-de-Riez a offert un vin d’honneur à notre Société.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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